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samedi 7 septembre 2013

La nature nous donne-t-elle des règles pour bien vivre ?

Comme tout sujet de dissertation, celui-ci demande d'établir des distinctions en se posant des questions :
  • La nature est-elle en mesure de nous donner des règles ? Elle nous donne un certain nombre d'éléments nécessaires pour notre vie : un environnement et des moyens pour maintenir l'état de notre organisme, mais est-elle capable de nous donner des règles ? Si oui, de quelles règles s'agit-il ? Peut-on en dresser un liste exhaustive, ou, au moins, d'en proposer des exemples ?
  • De plus, poser une règle consiste à poser une norme. Le sujet suppose donc que ce qui est naturel est normal. Ce point serait à discuter : tout ce qui est naturel est-il normal ? 
  • Ensuite, ces règles naturelles, ne sont-elles pas en fait issues du jugement des hommes sur la nature ? Quelle est l'origine de ces règles, la nature elle-même ou bien la conception que les hommes s'en font ? Une règle ne demande-t-elle pas en effet d'être instituée pour être une règle ? Or la nature n'est pas capable d'une telle institution.
  • Enfin, il faut noter que le sujet ne parle pas simplement de vivre mais de bien vivre. Il va de soit que la nature nous donne des règles pour vivre : la faim qu'éprouve notre corps et la sensation de satiété peuvent en être les exemples. Mais la question porte sur le bien vivre, c'est-à-dire la bonheur. Il faut donc réfléchir au rapport entre nature et bonheur.
On peut reformuler la question ainsi : Peut-on légitimement affirmer que la nature propose aux hommes une norme à respecter afin d'être heureux ? Dans quelle mesure la nature contribue-t-elle au bonheur des hommes ?
Si la nature donne en effet aux hommes des règles pour bien vivre et que la physique est l'étude de la nature, alors cette science permet-elle aux hommes d'être heureux ? La physique vise-t-elle autre chose que la connaissance de la nature ? Permet-elle aux hommes de savoir comment agir dans le monde pour leur bien ?

Platon dans le Timée (28c) apporte des arguments importants pour une réflexion sur cette question. Si la nature est en mesure de donner aux hommes des règles pour bien vivre, c'est d'abord parce qu'elle est elle-même réglée. La nature n'est pas le lieu du chaos et de l'anarchie, du moins dans sa partie supérieure, autrement dit les astres. La nature chez les Anciens est en effet hiérarchisée. Ils voient le ciel étoilé comme étant animé d'un mouvement circulaire parfait et éternel. Les astres sont plus proches du créateur divin que les hommes. Si nous devons nous régler sur la nature, c'est parce que la nature est le produit de Dieu. Comme le résume très bien Rémi Brague dans Au moyen du Moyen Âge : "nous devons imiter la nature, plus précisément ce qui est au plus haut point digne de notre imitation, c'est-à-dire l'ordre majestueux de l'armée des cieux [les astres], afin de mettre de l'ordre dans nos vies. Les corps célestes sont comme nos frères aînés. Leur matière est plus pure que celle dont nous sommes faits. [...] En imitant l'ordre et la beauté de la nature, nous ennoblissons nos âmes et devenons plus dignes de notre humanité. La physique est une médiation pour l'anthropologie. Cela implique que les vertus morales, par lesquelles l'homme devient ce qu'il a à être, sont présentes dans l'univers physique. La justice n'est pas l'apanage de l'homme ; elle est présente dans la structure interne de la réalité objective." (p.156)
La nature est donc le modèle de la perfection. Chercher à la connaître et à l'imiter est pour l'homme la voie d'accès à la perfection.

vendredi 5 octobre 2012

Philosopher conduit-il au bonheur ?


Nous avons vu dans le cours intitulé : Pourquoi philosopher ? que la philosophie permettait de fonder son jugement et donc de se libérer de la tutelle mentale dans laquelle on peut se trouver (et dans laquelle certains veulent nous maintenir...). La philosophie comme exercice de la raison ouvre à la liberté. Elle permet peut-être également de déterminer ce qui peut faire notre bonheur. La philosophie ne rendrait pas heureux mais elle permettrait à celui qui s'y consacre de savoir quoi faire pour le devenir. Telle est l'idée proposée par Descartes dans l'extrait suivant. Il est difficile mais ne vous découragez pas devant le style ancien et pourtant si clair et structuré de l'écriture de Descartes. Les questions qui suivent l'extrait doivent guider votre compréhension.

Descartes, Lettre-Préface aux Principes de la philosophie :

Et outre cela que, pour chaque homme en particulier, il n’est pas seulement utile de vivre avec ceux qui s’appliquent à cette étude, mais qu’il est incomparablement meilleur de s’y appliquer soi-même ; comme sans doute il vaut beaucoup mieux se servir de ses propres yeux pour se conduire, et jouir par même moyen de la beauté des couleurs et de la lumière, que non pas de les avoir fermés et suivre la conduite d’un autre ; mais ce dernier est encore meilleur que de les tenir fermés et n’avoir que soi pour se conduire. C’est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher ; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue découvre n’est point comparable à la satisfaction que donne la connaissance de celles qu’on trouve par la philosophie ; et, enfin, cette étude est plus nécessaire pour régler nos mœurs et nous conduire en cette vie, que n’est l’usage de nos yeux pour guider nos pas. Les bêtes brutes, qui n’ont que leur corps à conserver, s’occupent continuellement à chercher de quoi le nourrir ; mais les hommes, dont la principale partie est l’esprit, devraient employer leurs principaux soins à la recherche de la sagesse, qui en est la vraie nourriture ; et je m’assure aussi qu’il y en a plusieurs qui n’y manqueraient pas, s’ils avaient espérance d’y réussir, et qu’ils sussent combien ils en sont capables. Il n’y a point d’âme tant soit peu noble qui demeure si fort attachée aux objets des sens qu’elle ne s’en détourne quelquefois pour souhaiter quelque autre plus grand bien, nonobstant qu’elle ignore souvent en quoi il consiste. Ceux que la fortune favorise le plus, qui ont abondance de santé, d’honneurs, de richesses, ne sont pas plus exempts de ce désir que les autres ; au contraire, je me persuade que ce sont eux qui soupirent avec le plus d’ardeur après un autre bien, plus souverain que tous ceux qu’ils possèdent. Or, ce souverain bien considéré par la raison naturelle sans la lumière de la foi, n’est autre chose que la connaissance de la vérité par ses premières causes, c’est-à-dire la sagesse, dont la philosophie est l’étude.

Questions :
  1. Quels sont les termes de la comparaison développée par Descartes dans les premières lignes? Pourquoi ne peut-on se contenter d'écouter l'avis des autres?
  2. Qui du plaisir des yeux ou de la satisfaction de la connaissance est supérieur pour Descartes ? Justifiez votre réponse.
  3. Qui est en mesure de philosopher? Citez une phrase montrant qu'il y a pour Descartes un désir inné de philosopher?
  4. Qu'est-ce qui fait la différence des hommes et des animaux?
  5. Que désignent « les lumières de la foi »? Faut-il prendre en compte leur discours?

mercredi 3 octobre 2012

Y a-t-il un âge pour faire de la philosophie?

Dans le Cours 1 Pourquoi philosopher?, nous avons lu et analysé un extrait de Gorgias de Platon dans lequel le personnage de Calliclès, limitait l'étude la philosophie à l'adolescence. Y a-t-il un âge pour faire de la philosophie? 

Épicure (341-270 av. J.-C.) propose une autre réponse dans sa  Lettre à Ménécée : 

Quand on est jeune, il ne faut pas hésiter à s'adonner à la philosophie, et quand on est vieux, il ne faut pas se lasser d'en poursuivre l'étude. Car personne ne peut soutenir qu'il est trop jeune ou trop vieux pour acquérir la santé de l'âme. Celui qui prétendrait que l'heure de philosopher n’est pas encore venu ou qu’elle est déjà passée, ressemblerait à celui qui dirait que l'heure n’est pas encore arrivée d'être heureux ou qu'elle est déjà passée. Il faut donc que le jeune homme aussi bien que le vieillard cultivent la philosophie : celui-ci pour qu'il se sente rajeunir au souvenir des biens que la fortune lui a accordés dans le passé, celui-là pour être, malgré sa jeunesse, aussi intrépide en face de l'avenir qu'un homme avancé en âge. Il convient ainsi de s'appliquer assidûment à tout ce qui peut nous procurer la félicité, s'il est vrai que, quand elle est en notre possession, nous avons tout ce que nous pouvons avoir, et que, quand elle manque, nous faisons tout pour l'obtenir.

Questions : 
  1. Recherchez un champ lexical dans l'extrait.
  2. Que vise la philosophie selon Épicure?
  3. Apporte-t-elle la même chose au jeune homme qu'au vieillard? 
  4. Montrez que la définition de la philosophie en jeu dans cet extrait rend la thèse de Calliclès impossible.