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jeudi 27 mars 2014

Je me teste sur... la philosophie

Il serait inutile et même dangereux de pratiquer la politique de l'autruche : les épreuves du bac arrivent à grands pas et avec elles, la toute première, l'épreuve de philosophie. Il va sans dire que les "vacances" de printemps doivent être consacrées aux révisions ! Pour ceux qui ont suivi mes conseils de début d'année et qui ont fait des fiches, il vous suffit de les réviser et de vous reporter aux cours si un point vous semble obscur. Pour les autres, il est un peu tard pour ficher tous les cours faits depuis septembre. Je vous recommande donc d'investir dans le manuel Je me teste sur... la philosophie, que j'ai coécrit avec mon collègue Marc Guyon. Ce manuel reprend sous forme synthétique les cours faits en classe. Nous avons ajouter des sujets corrigés et de brèves fiches sur les auteurs au programme. De plus, il est accompagné d'un logiciel qui vous permet de tester vos connaissances et vos capacités de réflexion, d'analyse et de problématisation. Ces tests sont entièrement personnalisables : on peut choisir le nombre de questions, le thème à réviser, il est possible de se chronométrer, de comparer avec ces anciens résultats, etc.
Ce manuel est disponible en version papier mais aussi en version numérique. 
Il est actuellement classé n°1 des ventes de livres parascolaires de philosophie sur Amazon !

vendredi 5 octobre 2012

Philosopher conduit-il au bonheur ?


Nous avons vu dans le cours intitulé : Pourquoi philosopher ? que la philosophie permettait de fonder son jugement et donc de se libérer de la tutelle mentale dans laquelle on peut se trouver (et dans laquelle certains veulent nous maintenir...). La philosophie comme exercice de la raison ouvre à la liberté. Elle permet peut-être également de déterminer ce qui peut faire notre bonheur. La philosophie ne rendrait pas heureux mais elle permettrait à celui qui s'y consacre de savoir quoi faire pour le devenir. Telle est l'idée proposée par Descartes dans l'extrait suivant. Il est difficile mais ne vous découragez pas devant le style ancien et pourtant si clair et structuré de l'écriture de Descartes. Les questions qui suivent l'extrait doivent guider votre compréhension.

Descartes, Lettre-Préface aux Principes de la philosophie :

Et outre cela que, pour chaque homme en particulier, il n’est pas seulement utile de vivre avec ceux qui s’appliquent à cette étude, mais qu’il est incomparablement meilleur de s’y appliquer soi-même ; comme sans doute il vaut beaucoup mieux se servir de ses propres yeux pour se conduire, et jouir par même moyen de la beauté des couleurs et de la lumière, que non pas de les avoir fermés et suivre la conduite d’un autre ; mais ce dernier est encore meilleur que de les tenir fermés et n’avoir que soi pour se conduire. C’est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher ; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue découvre n’est point comparable à la satisfaction que donne la connaissance de celles qu’on trouve par la philosophie ; et, enfin, cette étude est plus nécessaire pour régler nos mœurs et nous conduire en cette vie, que n’est l’usage de nos yeux pour guider nos pas. Les bêtes brutes, qui n’ont que leur corps à conserver, s’occupent continuellement à chercher de quoi le nourrir ; mais les hommes, dont la principale partie est l’esprit, devraient employer leurs principaux soins à la recherche de la sagesse, qui en est la vraie nourriture ; et je m’assure aussi qu’il y en a plusieurs qui n’y manqueraient pas, s’ils avaient espérance d’y réussir, et qu’ils sussent combien ils en sont capables. Il n’y a point d’âme tant soit peu noble qui demeure si fort attachée aux objets des sens qu’elle ne s’en détourne quelquefois pour souhaiter quelque autre plus grand bien, nonobstant qu’elle ignore souvent en quoi il consiste. Ceux que la fortune favorise le plus, qui ont abondance de santé, d’honneurs, de richesses, ne sont pas plus exempts de ce désir que les autres ; au contraire, je me persuade que ce sont eux qui soupirent avec le plus d’ardeur après un autre bien, plus souverain que tous ceux qu’ils possèdent. Or, ce souverain bien considéré par la raison naturelle sans la lumière de la foi, n’est autre chose que la connaissance de la vérité par ses premières causes, c’est-à-dire la sagesse, dont la philosophie est l’étude.

Questions :
  1. Quels sont les termes de la comparaison développée par Descartes dans les premières lignes? Pourquoi ne peut-on se contenter d'écouter l'avis des autres?
  2. Qui du plaisir des yeux ou de la satisfaction de la connaissance est supérieur pour Descartes ? Justifiez votre réponse.
  3. Qui est en mesure de philosopher? Citez une phrase montrant qu'il y a pour Descartes un désir inné de philosopher?
  4. Qu'est-ce qui fait la différence des hommes et des animaux?
  5. Que désignent « les lumières de la foi »? Faut-il prendre en compte leur discours?

La philosophie n'est-elle plus d'époque ?

Nous avons vu dans le cours intitulé : Pourquoi philosopher ? que la philosophie ne semblait avoir de l'intérêt qu'à un certain âge : l'adolescence (voir Calliclès dans Gorgias de Platon). On pourrait ajouter que la philosophie n'est plus d'époque : cette discipline semble avoir été dépassée, voire remplacée, par la science. L'histoire de nos idées ne manifeste-t-elle pas une évolution naturelle vers la science ? Telle est l'analyse historique que propose Comte (1798-1857) Discours sur l'esprit positif (1re partie) :

En étudiant ainsi le développement total de l'intelligence humaine dans ses diverses sphères d'activité, depuis son premier essor le plus simple jusqu'à nos jours, je crois avoir découvert une grande loi fondamentale, à laquelle il est assujetti par une nécessité invariable, et qui me semble pouvoir être solidement établie, soit sur les preuves rationnelles fournies par la connaissance de notre organisation, soit sur les vérifications historiques résultant d'un examen attentif du passé. Cette loi consiste en ce que chacune de nos conceptions principales, chaque branche de nos connaissances, passe successivement par trois états théoriques différents : l'état théologique, ou fictif, l'état métaphysique ou abstrait, l'état scientifique, ou positif. [...] De là, trois sortes de philosophies, ou de systèmes généraux de conceptions sur l'ensemble des phénomènes, qui s'excluent mutuellement : la première est le point de départ nécessaire de l'intelligence humaine ; la troisième, son état fixe et définitif ; la seconde est uniquement destinée à servir de transition.
Dans l'état théologique, l'esprit humain dirigeant essentiellement ses recherches vers la nature intime des êtres, [...] se représente les phénomènes comme produits par l'action directe et continue d'agents surnaturels plus ou moins nombreux, dont l'intervention arbitraire explique toutes les anomalies apparentes de l'univers.
Dans l'état métaphysique, qui n'est au fond qu'une simple modification générale du premier, les agents surnaturels sont remplacés par des forces abstraites, véritables entités (abstractions personnifiées) inhérentes aux divers êtres du monde, et conçues comme capables d'engendrer par elles-mêmes tous les phénomènes observés, dont l'explication consiste alors a assigner pour chacun l'entité correspondante.
Enfin dans l'état positif, l'esprit humain reconnaissant l'impossibilité d'obtenir des notions absolues, renonce à chercher l'origine et la destination de l'univers, et à connaître les causes intimes des phénomènes, pour s'attacher uniquement à découvrir, par l'usage bien combiné du raisonnement et de l'observation, leurs lois effectives, c'est-à-dire leurs relations invariables de succession et de similitude.

Comte identifie dans l'histoire des connaissances humaines " une grande loi fondamentale " : la loi des trois états.
  • L'état théologique : Face à des phénomènes qu'ils ne comprennent pas les hommes inventent des fictions qui en rendent compte et ils y croient. Par exemple pour les Grecs l'arc-en-ciel était vu comme la manifestation de la déesse Iris, messagère de la déesse Hera, qui en remerciement de ces bons services fut transformée en arc dans de ciel. Une telle explication nous apparaît comme complètement fantaisiste, plus de l'ordre de la fiction.
    Un mythe est en effet un récit fabuleux qui met en scène des êtres symboliques. Cette explication nous paraît erronée mais elle montre néanmoins que les hommes ont observé le phénomène et ne se sont pas contentés de le constater, ils ont chercher à le justifier.
  • L'état métaphysique : on y retrouve le même désir d'explication mais avec un souci d'argumentation rationnelle et non plus un recours à des agents surnaturels. Ce moment correspond à un travail de destruction des explication théologiques grâce au développement de l'abstraction. On parle de cause, de force, de principes.
  • L'état positif : la recherche des causes absolues est abandonnée au profit de l'établissement de lois partielles et locales. On ne cherche plus à répondre à la question « pourquoi tel phénomène se produit? » mais à la question : « comment tel phénomène se produit? » Par exemple la loi de la gravitation de Newton, explique les mouvements du système solaire et le phénomène des marées sans qu'on ait besoin de savoir ce qu'est la gravitation.


La mythologie a laissé la place à la philosophie qui a elle-même cédé face à la science qui apporte des réponses plus satisfaisantes car obéissant aux critères de certitude, de précision, de réalisme et d'utilité

Exercice 1 : identifiez à quels états distinguées par Comte ces 3 textes peuvent être rattachés.

Texte 1 : « Sachez donc, premièrement, que par la Nature je n'entends point ici quelque Déesse, ou quelque autre sorte de puissance imaginaire, mais que je me sers de ce mot pour signifier la Matière même en tant que je la considère avec toutes les qualités que je lui ai attribuées comprises toutes ensemble, et sous cette condition que Dieu continue de la conserver en la même façon qu'il l'a créée. Car, de cela seul qu'il continue ainsi de la conserver, il suit de nécessité qu'il doit y avoir plusieurs changements en ses parties, lesquels ne pouvant, ce me semble, être proprement attribués à l'action de Dieu, parce qu'elle ne change point, je les attribue à la Nature ; et les règles suivant lesquelles se font ces changements, je les nomme les lois de la Nature. » Descartes, Traité du Monde, ch. VII

Texte 2 : « Dieu dit : Qu'il y ait des astres dans l'étendue céleste, pour séparer le jour et la nuit ; que ce soient des signes pour marquer les temps, les jours et les années ; que ce soient des astres dans l'étendue céleste pour éclairer la terre. Il en fut ainsi. Dieu fit les deux grands astres, le grand pour dominer sur le jour, et le petit pour dominer sur la nuit ; il fit aussi les étoiles. Dieu les plaça dans l'étendue céleste, pour éclairer la terre, pour dominer sur le jour et sur la nuit, et pour séparer la lumière d'avec les ténèbres. Dieu vit que cela était bon. Il y eut un soir et il y eut un matin : ce fut un quatrième jour. » Bible, Ancien Testament, Genèse, 1,14-16

Texte 3 : « ce que j’appelle ici attraction, peut être produit par impulsion ou par d’autres moyens qui me sont inconnus. Je n’emploie ce mot d’attraction que pour signifier en général une force quelconque, par laquelle les corps tendent réciproquement les uns vers les autres, quelle qu’en soit la cause: car c’est des phénomènes de la nature que nous devons apprendre que les corps s’attirent réciproquement, & quelles sont les lois et propriétés de cette attraction, avant que de recherche quelle est la cause qui la produit». Newton, Traité de l’optique, 1704

Exercice 2 :


1) En vous appuyant sur la distinction opérée par Comte, rédigez un paragraphe répondant au sujet de dissertation suivant : « Le progrès des sciences va-t-il faire disparaître les religions ? »


2) Quelles objections pourrait-on faire à cet argument ?

Cependant, comme nous l'avons vu avec Platon dans Théétète, la philosophie semble pourtant être la seule discipline à pouvoir aborder un certain nombre de questions bien particulières. De plus, comme nous le verrons, la science n'est pas peut-être pas possible sans un fondement philosophique.

    jeudi 4 octobre 2012

    La philosophie est-elle capable de changer le monde?

    Nous avons vu dans le Cours 1 : Pourquoi philosopher ? une critique adressée à la philosophie. Elle se trouve sous la plume (il faudrait plutôt dire le stylet) de Platon mais dans la bouche de Calliclès : " cet homme [celui qui continue de faire de la philosophie après l'adolescence], aussi doué soit-il, ne pourra jamais être autre chose qu'un sous-homme, qui cherche à fuir le centre de la cité, la place des débats publics, " là où dit le poète, les hommes se rendent remarquables". Oui, un homme comme cela s'en trouve écarté pour le reste de sa vie, une vie qu'il passera à chuchoter dans son coin avec trois ou quatre jeunes gens, sans jamais proférer la moindre parole libre, décisive, éfficace."

    Quelques siècles plus tard, Marx écrit dans la onzième et dernière de ses Thèses sur Feuerbach : " Les philosophes ont seulement interprété le monde de façons différentes ; il s'agit maintenant de le transformer."

    Questions :
    1. Quelle conception de la philosophie Calliclès et Marx partagent-ils ?
    2. Quelle distinction est ici supposée entre "penser" et "agir" ?
    3. Cette distinction est-elle justifiée ?
    4. Quelle a été l'influence de la pensée de Marx sur les changements intervenus dans le monde à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle ?

    mercredi 3 octobre 2012

    L'étonnement est-il le point de départ de la philosophie?

    Nous avons vu dans le Cours 1 : Pourquoi philosopher? que l'étonnement est le point de départ de la philosophie. Telle est la thèse de Platon dans Théétète 155d : « Car c’est tout à fait de quelqu’un qui aime à savoir [= le philo-sophe], ce sentiment, s’étonner : il n’y a pas d’autre point de départ de la quête du savoir [= la philo-sophie] que celui-là (...) » Il relie donc explicitement l'étonnement à l'étymologie du mot philosophie. 

    Aristote (384-322 av. J.-C.) dans sa Métaphysique poursuit cette association et propose une histoire, une généalogie de la connaissance à partir de l'étonnement :

    Ce fut en effet l'étonnement d'abord comme aujourd'hui, qui fit naître parmi les hommes les recherches philosophiques. Entre les phénomènes qui les frappaient, leur curiosité se porta d'abord sur ce qui était le plus à leur portée ; puis, s'avançant ainsi peu à peu, ils en vinrent à se demander compte de plus grands phénomènes, comme des divers états de la lune, du soleil, des astres, et enfin de l'origine de l'univers. Or, douter et s'étonner, c'est reconnaître son ignorance. […] Si donc on a philosophé pour échapper à l'ignorance, il est clair qu'on a poursuivi le savoir en vue de la seule connaissance et sans aucun but d'utilité. Ce qui s'est passé en réalité en fournit la preuve : car tout ce qui regarde les besoins, le bien-être et la commodité de la vie était déjà trouvé, lorsqu'on commença à rechercher une discipline de ce genre.

    Questions : 
    1. Quelles sont les étapes menant de l'étonnement à la science puis à la philosophie?
    2. Quelle est la finalité du savoir selon Aristote?

    Y a-t-il un âge pour faire de la philosophie?

    Dans le Cours 1 Pourquoi philosopher?, nous avons lu et analysé un extrait de Gorgias de Platon dans lequel le personnage de Calliclès, limitait l'étude la philosophie à l'adolescence. Y a-t-il un âge pour faire de la philosophie? 

    Épicure (341-270 av. J.-C.) propose une autre réponse dans sa  Lettre à Ménécée

    Quand on est jeune, il ne faut pas hésiter à s'adonner à la philosophie, et quand on est vieux, il ne faut pas se lasser d'en poursuivre l'étude. Car personne ne peut soutenir qu'il est trop jeune ou trop vieux pour acquérir la santé de l'âme. Celui qui prétendrait que l'heure de philosopher n’est pas encore venu ou qu’elle est déjà passée, ressemblerait à celui qui dirait que l'heure n’est pas encore arrivée d'être heureux ou qu'elle est déjà passée. Il faut donc que le jeune homme aussi bien que le vieillard cultivent la philosophie : celui-ci pour qu'il se sente rajeunir au souvenir des biens que la fortune lui a accordés dans le passé, celui-là pour être, malgré sa jeunesse, aussi intrépide en face de l'avenir qu'un homme avancé en âge. Il convient ainsi de s'appliquer assidûment à tout ce qui peut nous procurer la félicité, s'il est vrai que, quand elle est en notre possession, nous avons tout ce que nous pouvons avoir, et que, quand elle manque, nous faisons tout pour l'obtenir.

    Questions : 
    1. Recherchez un champ lexical dans l'extrait.
    2. Que vise la philosophie selon Épicure?
    3. Apporte-t-elle la même chose au jeune homme qu'au vieillard? 
    4. Montrez que la définition de la philosophie en jeu dans cet extrait rend la thèse de Calliclès impossible.